En nov. '11, France Boisvert publie «Pour une littérature signifiante» dans le Plaidoyer pour l'enseignement d'une littérature nationale (Fides).
Son septième livre vient d'être publié aux Éditions de La Grenouillère!
Un Vernis de culture
est enfin disponible dans
toutes les librairies!
ISBN 978-2-923949-06-2
France Boisvert (Sherbrooke, 1959) a poursuivi des études universitaires au département d'études françaises de l'Université de Sherbrooke (baccalauréat et maîtrise) et à l'Université de Montréal (Ph.D. portant sur l'oeuvre en trois tomes de Lahontan, jeune noble venu en Nouvelle-France à la fin du XVIIe siècle).
On trouve un article traitant de l'oeuvre du baron de Lahontan sur le site suivant: http://www.rhpr.net/art/2004_1.html
Elle a enseigné la littérature française et québécoise au niveau secondaire d'abord, et, depuis plus de 20 ans, au niveau collégial. Elle a publié sept livres (aux Éditions de l'Hexagone, du Noroît, VLB éditeur et aux Éditions de La Grenouillère), des poèmes et des essais dans plusieurs revues littéraires ( NBJ , Moebius , Arcade , Liberté , Ruptures - La revue des Trois Amériques , Revue Trois , Littéréalité , La Vie en Rose , etc.)
Membre de l'UNEQ (Union des écrivaines et des écrivains qué-bécois), elle a siégé deux fois à son conseil d'administration et y a fondé un comité de réflexion portant sur l'enseignement de la littérature tant au secondaire qu'au collégial.
En 2007, elle prend une année sabbatique, étudie l'espagnol et entreprend le Chemin de Compostelle depuis le village médiéval du Puys en Velay jusqu'à Santiago de Compostella. Ces deux mois de randonnée (plus de 1500 kms, sac au dos) lui redonnent le goût de voyager. Depuis, elle a visité Amsterdam, Pereira, Mexico, Morelia et Moscou... et s'est remise à écrire!
Après avoir fait partie de l'exécutif du syndicat du cégep où elle travaille (agent de griefs, vice-présidente et présidente), elle assume la direction littéraire de la collection Migrations aux Éditions de La Grenouillère.
Publications : livres
• Les Samourailles , roman, collection Fiction, Hexagone, Montréal, 1987;
• Li Tsing-tao ou le grand avoir , coll. Fiction, Hexagone, Montréal, 1989;
• Massawippi , poésie, Hexagone, Montréal, 1992 ;
Des extraits de ce poème ont été gravés sur deux stèles du Sentier Poétique de Richard Séguin, à Saint-Venant.-de-Paquette dans les Cantons de l'Est (1998);
• Comme un vol de gerfauts , poésie, Noroît, Montréal, 1993;
• Les Vents de l'Aube , proses poétiques, VLB, Montréal, 1997;
• Le Voyageur aux yeux d'onyx , coll. La Voix des poètes, Hexagone, Montréal, 2003;
• Un vernis de culture , nouvelles, coll. Migrations, Éditions de La Grenouillère, 2012.
Articles savants
• «Nous écrirons comme on parle» essai sur l'oralité, Emblématiques de l'époque du joual Jacques Renaud, Gérald Godin, Michel Tremblay, Yvon Deschamps, sous la direction dAndré Gervais, Lanctôt éditeur, Montréal, 2000, p. 181-185.
• L"influence protestante chez Lahontan, Revue d'Histoire et de Philosophie Religieuses (Strasbourg), tome 84, numéro 1, 2004, p. 31-51.
• « Pour l'enseignement d'une littérature signifiante », dans l'ouvrage collectif
Plaidoyer pour l'enseignement dune littérature nationale: la littérature québécoise! ,
Fides, 2011.
Anthologies, manuel pédagogique et enquête
• Extraits tirés de Massawippi et Comme un vol de gerfauts , dans Richard Giguère, Philip Lanthier, André Marquis, Anthologie de la poésie des Cantons de l'est au 20e siècle / Anthology of 20th Century Poetry of the Eastern Townships, Tryptique Véhicule Press Eastern Townships Research Centre/ Centre de recherche des Cantons de lEst, Montréal, 1999, p. 218-222.
• Extraits tirés de Massawippi et de Les Vents de l'Aube , in Nicole Brossard et Lisette Girouard, Anthologie de la poésie des femmes au Québec des origines à nos jours , nouvelle édition), Les Éditions du remue-ménage, Montréal, 2003, p. 384-385.
• Poème « Jardin », dans Sylvie L. Bergeron et Arlette Vittecoq, de Ktinéketolekwac à Sherbrooke, ville nouvelle , livre d'art célébrant le bicentenaire de Sherbrooke, Association des auteurs des Cantons de l'Est, Sherbrooke, 2003, p. 128.
• Participante à l'enquête traitant de la culture québécoise dans Gérard Bouchard et Alain Roy, La culture québécoise est-elle en crise? , Boréal, Montréal, 2007 (Annexe D, p.173-174).
• Extrait tiré de Massawippi publié dans Lise Bourbeau, Michèle Bourdeau, Godelieve de Koninck, Nathalie Lacelle et Arlette Pilote, sous la direction d'Isabelle Péladeau, Dazibao , manuel de Français, 2e cycle du secondaire, 2e année (sec. 5), Modulo éditeur, Montréal, 2009, p. 115-264-265.
Essais, lettres et conférences
• Conférencière au 8e congrès annuel de l'Académie canadienne française, UNEQ et Pen Club : La place de la littérature dans l'éducation , 2-3-4 novembre 1990, Mont Saint-Gabriel.
• Représentante officielle de la littérature québécoise et de l'UNEQ, Salon int. Livre de Bruxelles et conférencière (Université Libre de Belgique et cercles littéraires), du 23 février au 9 mars 1991.
• «Godbout/MacLuhan», essai, Liberté , #195, Montréal, 1991.
• «La littérature oubliée», essai, Les Écrits du Canada-français , #73, La place de la littérature dans l'Éducation (Colloque UNEQ/PenClub au Mont-Gabriel), Montréal, 1991.
• «Ce qui demeure reste sacré», Liberté , #202, Montréal, 1992.
• «Déculturation et antisémitisme», essai, Liberté , #200, Montréal, 1992.
• «Petite histoire dune déculturation», La Presse , Montréal, le 4 mars 1992.
• «La qualité du français et le linguistisme», La Tribune , Sherbrooke, 7 janvier 1992 et
La Presse, Montréal, 10 février 1992.
• Forum Lire pour réussir , «La petite histoire dune déculturation», conférence, Hôtel Reine-Élizabeth, 10-11 novembre 1993, Montréal.
• Débat-rencontre «En quelle langue écrivent les écrivains?», (en compagnie de Gérald Godin, Andrée Ferretti, Gaston Miron) au Café Les Gâteries, Événement «L'Hexagone fête ses 40 ans», 26 octobre 1993, Montréal.
• «La langue des écrivains», essai, Revue Trois , vol. 10, No. 2, Hiver 1995, Laval.
• «Les Héritiers de Lord Durham», mémoire de l'UNEQ présenté avec Bruno Roy, lors des États généraux sur l'Éducation, Montréal, 7 septembre 1995.
• Colloque Emblématiques de l'Époque du joual , Université du Québec à Rimouski, les 24 et 25 octobre 1996.
• «Bilan dune journée damnésie», Le Devoir , 6 janvier 1999.
• «Qui a peur des écrivains?», en collaboration avec Robert Baillie, Carole David, Marcel Olscamp et France Théorêt, La Presse , 19 février 1999.
• Participation à l'ACFAS, 16 mai 2001, conférence intitulée L'influence huguenote chez Lahontan .
• La littérature engagée est-elle littéraire?, Le Devoir , 24 avril 2006, p. A-6.
Nouvelles et poèmes
• «Chercher la femme qui cherche», Nouvelle Barre du Jour , Montréal, avril 1984.
• «Avec un » et «Ô», sous la direction d'André Gervais, Oulipo Québec ,
Nouvelle Barre du Jour , Montréal, janvier 1984, p. 43-45; 52-53.
• «Les Amarantes», poème, Arcade , Montréal, février 1985.
• «La trace de Médée», prose, Arcade , Montréal, février 1987.
• «Massawippi», extrait, Littéréalité , York University, Toronto, 1990.
• «Comme un vol de gerfauts», extraits traduits en espagnol et en anglais, Ruptures, la revue des Trois Amériques , No. 4, Montréal, oct.-déc. 1993.
• «Le tonnerre et les lilas», Les Adieux du Québec à Gaston Miron , Guérin, Montréal, 1997.
• «Jardin», poème dans l' Anthologie No 2 , colligée par Mitsiko Miller, CD-Livre, aux Éditions Planète Rebelle, Montréal, 1998.
• «L'influence dun livre», nouvelle, La Maison du rêve - des écrivains rendent hommage aux libraires , coédition LHexagone/VLB éditeur, avril 2 000.
Film et bandes dessinées
• «L'enfant», BD, La Vie en rose , Montréal, février 1986.
• «Le dernier des survivants», BD, dans .J Samson et A. Carpentier, Actes/ premier colloque de bande dessinée de Montréal , Éditions Analogon, Montréal, 1986, p. 160.
• Participation au film documentaire Tropique Nord [Comment être Noir et Québécois dans une sociÉté qui se cherche une identité?] , de Jean-Daniel Lafond, lancé le 6 février 1994, Montréal.
• Lecture publique de Massawippi, Collège Atkinson, York University, 19 janvier 1991, Toronto.
• Lecture publique de Massawippi , Soirée de poésie «L'Hexagone fête ses 40 ans», UQAM, 18 octobre 1993, Montréal.
• Lecture publique de Massawippi , Place aux Poètes, 14 avril 1993, Montréal.
• Lecture publique avec la chanteuse Judith Chevelier et le musicien Nicolas Letarte, extraits de l'œuvre de Louki Bersianik, Place aux Poètes, Café Sarayevo, 13 octobre 1994, Montréal.
• Spectacle Vous étiez étranger , Festival de la littérature (UNEQ), 30 septembre 1994, au Petit Campus, Montréal.
• Lecture publique de Tableaux et dictées et Pays sans mémoire , 20 août 1994, au Balcon vert, Baie Saint-Paul.
• Lecture publique de Comme un vol de gerfauts , Place aux Poètes, Montréal, 6 avril 1994.
• Événement-manifeste de l'UNEQ, Paroles d'honneur! , 28 février 1994, café Campus, Montréal.
• Soirée annuelle des Femmes de Montréal organisée par Mitsiko Miller, lecture de poèmes, au Cheval blanc, 25 janvier 1998, Montréal.
• Rencontre annuelle de la Poésie organisée par la Revue Ruptures, la revue des 3 Amériques, lecture de poèmes, Café Sarayevo,14 décembre 1997, Montréal.
• Cercle de poètes, Salle du Conseil, Soirée mondaine au profit de la Fondation de la Maison George Stephen / Gala Evening in support of the George Stephen House Trust Fund, avec les poètes Stéphane Despatie et Daniel Roy, Montréal,19 octobre 2002.
• Dans le cadre de la Quinzaine de poésie, Le voyageur aux yeux d'onyx , lecture de poèmes accompagnée au piano par Jacques Hains, compositeur et interprète, Galerie d'art d'Outremont, Montréal, 21 mars 2003.
• Poète invitée, Festival acadien de poésie , 1, 2 et 3 août 2003, Caraquet (Nouveau-Brunswick) : lectures de poèmes et animation avec Jean-Paul Daoust, Bruno Roy et France Mongeau.
• Poète invitée, lecture le 14 novembre 2003, Salon du Livre de Montréal, Soirée du cinquantième anniversaire de l'Hexagone.
• Poète invitée, journée de poésie du 24 septembre 2004 (
(Cantons de l'Est), événement organisé dans le cadre des Journées de la Culture , Sentier poétique de Saint-Venant-de-Paquette.
• Poète invitée et animation d'un atelier de création littéraire intitulé « Transfiguration 101- 5 figures de style pour accéder à la poésie » dans le cadre du 9e séminaire estival sur l'Avenir de la spiritualité organisé par Jean Bédard et Jean-François Malherbe, au Parc du Bic, Camp du Cap à l'Orignal, du 8 au 12 août 2004. Thème : Poésie et transfiguration.
Médias
• Invitée, émission Midi - Actualités , Radio Ville-Marie, 91,3 FM, 6 décembre 2011.
• Invitée, émission Plus on est de fous, plus on lit!, Première chaîne de Radio-Canada, 29 novembre 2011.
• Invitée, chronique Haute définition du mot «parole», émission Vous êtes ici à la radio de Radio-Canada, 14 mai 2008.
• «Celles qui font rire juste», en collaboration avec Danielle Dussault, couverture des performances des femmes participant au Festival Juste pour rire/Just for laughs, revue La Vie en rose , Montréal, octobre 1986.
Les Samourailles
(1987)
1. Au Kitsch, chic bar
Sis sur un banc tournant où il s'est insta-bilisé, un homme en frac fixe le bout de sa cigarette. Il fouille une de ses poches et en sort un briquet plaqué or à ses initiales, P.S. comme dans post-scriptum .
Il s'allume tout en aspirant voluptueuse-ment le butane oxydé. Et la fumée s'étend en nappes flottant autour de lui. Tuxedo toxique fait chic.
La serveuse lui apporte un bol de café moussu.
- Voilà, monsieur Séphiroth! lui dit-elle, aimable.
Pour toute réponse, il lui souffle un merci du bout des lèvres.
Autour de lui, des paroles fusent, imper-ceptibles. Il entend les mots se croiser puis se décroiser. Dans la gorgée daccalmie où il s'évade, Sé-phiroth voit briller entre les lattes bleu thé un reflet de glace venant du dehors. Il cligne ses yeux de vendredi ma-tin. Puis il ramasse une revue d'évene-ments traînant sur le comptoir du très élé-gant greasy spoon . D'une main sans inté-rêt, il feuillette les gros titres des photos couleurs. «La Terre tourne toujours dans les clichés voyant», grommelle-t-il tout en repoussant le magazine. Les oreilles lui bourdonnent dans les embruns. Le matin est long et alcoolique.
Séphiroth pense alors au cubicule à micro où il séjourne maintenant depuis cinq ans. Aux audi-teurs qui lui écrivent, jour après jour, depuis l'inau-dible. Bonbons en bouteilles jetées à la mer.
Praxis Séphiroth est morning man de fréquence modulée. Il a le visage blanc, l'œil mauve et le corps étiré par ses nuits écourtées. Il vit mal depuis longtemps. Et il le sait. Séphiroth vit vite et passe son temps libre à jouer de la séduc-tion auprès des parvenus afin d'oublier ce quil est, tout seul. Le monde nabab fluorise les crocs mal serrés du médiocre.
Chaque matin, il interviewe, questionne et s'in-téresse à, dans une feinte de bon ton. Mais trop entendre le mine à la longue. Cette avalanche de paroles lui a fait perdre le sens de l'écoute inté-rieure. Il oscille en-tre les soupirs et le halètement.
Il termine paisiblement son filtre de cigarette, l'écrase et avale le reste de son café tiédi, lorgnant à l'horloge de la place le temps qui flanche.
Dehors, la vile ville toussote dans les brunantes. Les couleurs s'animent et les voitures s'agglutinent dans les carrefours. Quelques noctambules scintillent encore le long des trottoirs maculés de cambouis. Séphiroth louche une dernière fois sur la toile jaspée où il a bu un faux café dans une vraie tasse, puis cache ses yeux sous de larges verres teintés. En payant son dû à la caisse, il chaparde un chewing-gum de scapin tout en faisant un clin d'œil complice à la fille de café. Il pousse la porte - douai di di dou dada - et il sort.
Le garçon-fille dessert puis se gratte la tête, en quête de pourboire. Séphiroth, quant à lui, part pour entrer au poste. Le Kitsch se vide et la ser-veuse ouvre le juke-box méli-rétro. Elle croque un bagel beurré de fromage doux.
Sur un fond de clavecin où s'égrènent les staccatos d'une fugueuse toccata, la voix de Séphiroth gonfle.
- Allô, allô, ici la Terre!
Puis le thème indicatif s'intensifie pour s'estom-per complètement.
- Aujourdhui, comme hier, je reçois l'écrivain et simiologue bien connu Phylias Mercator avec qui je poursuivrai l'entretien au sujet d'une famille nucléaire qui est, par ailleurs, l'objet de son dernier ouvrage. Il s'agit de la famille Soir. Nous avions déjà brossé un tableau assez exhaustif de ma-dame et monsieur Soir, de leur dynamite dans le couple, puis des six premiers en-fants Soir et de leur névrose existentielle particulière. Aujourdhui, nous vous présen-tons le dernier volet du feuilleton divan : nous parlerons dHortense, septième et der-nière enfante Soir de la saga faunique. Mais auparavant, voici quelques plages de nos commanditaires.
( Voix d'homme mûr)
L'homme sans peur, sans reproche, sent bon sans bon sens! Il sent l'humus et se parfume au muscle déshydraté. Offrez-lui Suette , l'odeur rouge des corps qui bougent!
( Voix forte de jeune femme qui chante)
As-tu la crème pour mettre
dans ma face qui casse? (bis)
Zibe, Sibeliiiine!
Pour ton teint mat, mat,
et ton nez, nez, couperosé,
penses-y, Zibe, Zibeliiiine!
Li Tsing-tao
ou le Grand Avoir
(1989)
Cinquième chapitre
L'ascèse des mots
À chaque matin
de chaque jour,
je tiens à répéter aux apprentis
l'usage de la parallaxe. Ainsi.
Les mots que l'on imprime
Ne signent pas l'éternité.
La vérité na pas d'auteur.
Repli secret de l'envers,
À la fois plurielle et multiple,
L'ombre émerge de l'insécable.
Chacun est roseau pensé.
Rapporteur d'angle réduit.
Objet d'horizon limite.
Ce qui sest d'horizon suse.
Cest la voie du périssable.
Ce qui n'a pas de voie périt aussi.
Les mots perdent la raison.
Hasard des références déliées.
La langue est un péril constant.
Simulant les rites classiques,
Je fais l'aumône dune grammaire d'images.
Mes traits de craie apaisent l'ardoise.
Le Monde se lit. Dazibao.
Le savoir est une vision.
Délicat diktat ciselé.
Comme un vol de gerfauts
(1992)
Fruit boréal de métissages spontanés
je ne suis plus l'arrière-pays d'Anglo-Saxons
ni la défaite d'une mission franco-catholique
rêve américain d'une France outre-Atlantique.
Je reste à écrire, comprendre et célébrer.
J'ai tant à lire et à savoir pour nommer
combler ma jeune mémoire de linotte
vive médiathèque de source éphémère
images et voix de l'antérieur
pérennité mercure qui glisse entre mes doigts.
Longeant les trottoirs dun rêve enluminé
je vois se profiler deux ombres au tableau
En écho, l'homme gris; en arrière, l'homme mort.
Insigne duo dévasté par l'alcool des génuflexions
compères ravagés de dérives intimes
je les dépasse, j'avance, j'arrive.
Riant miracle du Pérou imaginaire
je te cherchais, le cœur en fête
ivresse du bonheur fou, de la force retrouvée
la certitude que seul créer sa vie importe.
À la chute de l'été austral
décembre se colore d' aurores
partout la froidure qui brûle
dans le gypse de mes yeux
foudre des ardeurs vitales
formes liquides de l'Or à découvert.
Au Nouveau Monde
il neige des torrents de braise
soleils de l'hiver qui poudroie
molles glaçures, fondants de lave
chlorophylle givrée colorant le grisou
sous la cendre des terres roussies.
(...)
Puis, la conscience d'une immensité prochaine
venue du lointain Orient aux yeux de jade
luisant sous l'or d'une tradition millénariste
la chevelure éblouissante de soleil.
Plus loin que l'Amérique solarisante
au-delà du télé-spectacle d'un Occident qui délire
feutrée derrière les eaux du Pacifique
rit tout bas à peine audible l'immense Asie empire du multiple
l'épreuve du Temps qui dort au jardin de l'œuvre
l'ordalie des orchidées.
À l'ouest du regard d'Europe
loin de là et plus près d'ici
le sens entier reste à découvrir.
De retour d'Europe, il reste encore à voir
le Québec n'est pas la fin du monde.
Massawippi
(1993)
Je repose
auprès du Massawippi
un lac
une pièce deau
un pays de flots
ses rives sont faites
pour abreuver les cervidés
voilà des germinations odorantes
et du cerfeuil clair
la nuit chante dans les herbes
bientôt la source des forêts
l'eau de feu la sève l'érable.
Je viens m'y réfléchir
les couleurs brûlent
partout l'automne roux
mais rien ne fume ni ne crie
tout s'alanguit dans la torpeur
les bêtes marmonnent dans leur tanière
c'est la nuit tout dort.
Dans un shack abandonné
une shed de tôle et de bois
cabane à sucre des Canadas
j'orchestre de minutieux rituels
sous la bruine acide des pluies sacrées.
Le pays ne me revient pas
Voici l'arrière saison l'été indien
Les derniers soleils de l'équinoxe échu
Chimie terrestre des astronomies décalées.
Population Titanic de francotoches d'Amérique
chrétiens catholiques convertis au libéralisme cathodique
vos mémoires de disquette téléséries sans bruit
au contact du courant se sont effacées.
Embourbées dans les œuvres photocopiées
refusant de choisir, de définir, didentifier
apologues en chef de la Grande Blancheur confusionnelle
imposant le gavage du tout prendre à tout prix
noyés de sons de mots d'images
chapelle dabondants bien en chair à bouche bée
la sécurité demploi à vie et pourtant la déchéance
le vieillissement la Mort
votre permanence ne vous a pas rendus éternels.
Les vents de l'aube
(1997)
Dans le ciel du Nord, au-delà des déserts monte l'eau de feu venue des équateurs. Je relie le parcours dune éclosion, serre intime lustrée de poussières d'or. Les vents et voix solitaires rou-lent les champs de l'aube à l'orée d'une culture en lierre. Et quand l'heure devient mauve, toujours l'horizon ploie.
En mai, dans le désert des morts, pays léger, délestée des terres, j'observe la peau du dos de ma main striée de mille et une étoiles, peau de ciel et de lézard, petit saurien au creux des riens.
J'ai souvenir de l'automne fameux au temps gris des érables. Nouveau Monde sauvé d'une bande dessinée flamande. Durant plusieurs mois, les yeux à froid, hormis formes et silhouettes, l'allure humaine se propulsait dans les univers parallèles. La dérive dévoilait de nouvelles cartes de navigation mentale.
Au réseau des artères, je colorais le ciel de nou-veaux êtres imaginaires, recherchant l'ultime pa-lette dans la mémoire des fréquences alpha-numériques. Télé-travail signé, mes empreintes subsistent et trahissent la formation en perspect-ives frontales des fées qui en traversent les aires. L'œuvre nest jamais illisible.
Depuis tout de suite, je reviens au pays mauve dans cette saveur d'oisiveté où le désir s'irise de mille flammes. Je rêve de m'en aller en riant avec, aux pieds, des running -choses. Debout, à l'aube, le temps est vaste. Je me sauve sans mot dire laissant tout en plan pour crier mon nom et m'étirer dans la lumière du matin, intacte.
Sous l'arcane d'un tao, porte-frontière surplom-bant l'abîme, une fille glisse dans son œil des cristaux qui s'étoilent et place du jade sur son corps d'oranger. L'éternité se poursuit, long travail sur soi, incantation polie, le sourire de l'âme.
Dans la brume, la grisaille des marais, sa robe s'étend telle une nappe de soie qui tangue sur l'eau verte. Ses yeux, bleu de feu sur visage blanc, ses yeux découpés par de fines tresses, ses yeux disent regarde-moi . Il n'y a pas de signaux sans cieux.
La vie reçoit ce dernier mot éclos après une seconde de mille ans. Ma voix se tait car l'idée du vert escalade chaque vertèbre jusqu'au bulbe ra-chidien, s'envole tout autour et danse avant de planer, colorée d'indigo et de jade, au-delà des neiges éternelles. Et je ris, réconciliée avec la démesure de l'existence ordinaire.
Le voyageur aux yeux d'onyx
(2003)
I l s'agit de savoir
où commence l'indicible
pour ne pas le nommer.
La rencontre
C'est d'abord elle qui s'avança pour le dévisager, étonnée par autant d'étrangetés.
Une couronne de cheveux bouclés rayonnait autour de son visage tatoué d'herbes sauvages. Ses yeux se coloraient de sillons safranés.
De longs gants lui moulaient les mains. Elle s'approcha sans bruit. Sous l'étoffe soyeuse de sa robe, on sentait la peau frémir. Il ne bougea pas, interdit devant l'apparition. Elle lui sourit, le salua et lui posa une question. Il ne comprenait pas la langue.
Pris de vertige, il s'évanouit sur la place publique, en pleine heure de pointe, à côté de la fontaine où viennent boire les chevaux des calèches à touristes.
Trouver la note
Et puis la neige est venue.
Des jours à contempler l'horizon indécis qui s'égrène depuis le ciel jusqu'au sol, tel un sablier.
Or la dissolution du temps s'amalgame à la reconstruction de l'espace. Immobile, le voya-geur vit une dérive dont l'effervescence reste exceptionnelle.
Alors qu'il guérit d'avoir migré trop vite, il apprend un mot nouveau : transposition.
Pour s'occuper, il crée des variations sur le mê-me thème. Toutes les clés y passent, venant confondre les alté-rations. Dièses, bécarres et bémols s'entrelacent avec la rémanence dune présence en sol majeur, celle de la Fée aux herbes.
Au pays renversé, l'hiver suc-cède au printemps et la peine vient avant la concrétisation de nouvelles amours. Vivement l'automne en fleurs pour que la folle revienne au logis.
Poétique de l'accident
Le soleil tient le ciel comme l'auto, la route. Il n'en finit plus de traverser des forêts qui se déploient de mot en mot en un treillis de dentelle. À l'orée de la page, sur le bord d'une falaise escarpée, le voyageur voit s'entrelacer les racines du pays neuf.
Il éteint le moteur et les phares, puis laisse reposer la carcasse de tôle aux bougies cal-cinées. La narration n'ira pas plus loin. Le radiateur a fondu, le réser-voir, explosé, et les pneus se sont dégonflés. Toute la méca-nique se déglingue plus vite que le plus petit poème qui soit. Il attend la fin de la machine.
Dehors, les étoiles croisent un crépuscule qui se répand. De longs oiseaux mauves tour-noient au loin en hurlant à la lune. Tel est le pays renversé que de rares explorateurs ont entrevu voilà des siècles, avant qu'on ne le ferme aux étran-gers. Combien sont venus et, comme lui, ont dû abandonner le chemin pour continuer à pied, perdre le souffle et finir par mourir sans laisser de traces.
Le voyageur récupère ses feuilles avant de desserrer le frein. Il regarde sans broncher son récit dévaler la pente et déraper dans le vide pour aller rejoindre d'autres tas de ferrailles rouillées.
Au fond de l'abîme, un curieux cimetière s'enrichit dans le fracas du métal compressé. Lécho du bolide se répercute dans l'aube solaire et ce bruit déchire le sabir des habitants invisibles. Alors, le voyageur se met en marche. Il va jusqu'au bord du gouffre afin de prier. Il souhaite que le pays sauvage revienne, tel un chevreuil enfiévré de printemps. Et prie pour quil réapparaisse depuis l'évanescence où la nuit boréale l'a ravi.
France Boisvert
Nacida en Sherbrooke (1959) y diplomada en la Universidad de Sherbrooke y en la Universidad de Montreal (Ph.D. en litteratura francesa). Enseña el littérature francese y canadiense en un collego de Santa-Theresa (Québec). Ha publicado siete libros, cuatro de poesia y dos novelas en la éditorial «Hexagone», y «Noroît», y «VLB». Ha colaborado en obras colectivas y en antologias. Es directora literaria de Éditions de La Gre-nouillère (Québec) y collabora en la redaccion de uno obra para la litteratura de Quebec en la escuela y va a publicar una nueva obra de cuentos.
Como vuelo de gerifalte
Fruto boreal de espontáneo mestizaje
no soy más el traspaîs del anglosajón
ni la derrota de una misión francocatólica
o sueño américano de una Francia allende del Atlántico.
Me quedo a escribir, comprender y celebrar.
Tengo tanto que leer y aprender a nombrar
colmar mi joven memoria de pechirrojo
viva mediática de fuente efîrmera
imágenes y voz del anterior
perpetuidad de mercurio que se desliza entre mis dedos.
Orillando las veredas de un sueño illuminado
veo perfilarse dos sombras en el cuadro
en eco, el hombre gris; atrás, el hombre muerto.
insigne duo destruido por el alcohol del arrodillamiento
compinches devastados de vacilaciones intimas
los paso, avanzo, llego.
Riendo del milagro del Perú imaginario
te busqué, con el alma en fiesta
ebrio de loca alegría, de la fuerza encontrada
la certeza que sólo crear su vida intéressa.
En la caída del verano austral
diciembre se pinta de auroras
por todas partes el frío que quema
en el espejualo de mis ojos
golpe de ardores vitales
formas líquidas de oro a descubierto.
En el Nuevo Mundo
nieva torrentes de brasas
Soles de invierno que pulveriza
blandas heladas, fundidas de lava
clorofila escarchada colorando el grisú
bajo la ceniza de tierras chamuscadas.
Luego, la conciencia de una immensidad cercana
venida del lejano Oriente de ojos de jade
brillando bajo el oro de una tradición milanaria
la cabellera deslumbrante de sol.
Más lejos que la América asoleada
más allá del télé-espectàculo de un Occidente que délira
Obstruida detrás las aguas del Pacîfico
Rîe suavemente apenas audible la immensa Asia
Imperio múltiple
El intento del Tiempo que duerme en los jardines de la Obra
La ordalía de las orquídeas.
A l´Oeste de la vista de Europa
Lejos de allá y más cerca de aquí
El sentido entero queda por descubrir.
De regroso de Europa, queda por ver
Que Quebec no es el fin del mundo.
«Comme un vol de gerfauts», extraits traduits en espagnol et en anglais, ( traducciôn en espagnol de Alfredo Lavergne ), Ruptures, la Revue des Trois Amériques , No. 4, Montréal, Oct-déc. 1993, p. 13-17.
Born in Sherbrooke , in 1959 (Eastern Township, Quebec). Receved her Ph. D. at the University of Montreal. Teaches french littérature in a cegep, at Sainte-Thérèse (Quebec). Has published six books; four of poetry and two novels with Quebec publishers (lHexagone, le Noroît and VLB). Collaborated in collective works and anthologies. Literary director of Editions de La Grenouillère (Quebec) and prepare a publication about the importance of Quebecs littérature at school and a book of shorts stories at La Grenouillères publications.
Like a Flight of Gyrfalcons
Northern fruit of spontaneous interbreedings
No longer am I the Anglo-Saxon hinterland
nor the defeat of a French Catholic mission
American dream of a transatlantic France.
I stay to write, understand and praise.
Theres so much to read and know before I can name
fill up my Young empty-headed Memory
live multimédia from an ephemeral spring
images and voices of former
everlastingness mercury running through my fingers.
Walking the sidewalks of an illuminated dream
I see two shadows outlined agains the scène
the grey man an écho; the Dead man behind.
A distinguished duo devasated by the alcohol of génuflexions
cronies ravaged by intimate driftings
I overtake them, advance, arrive.
Laughing miracle of an imaginary Peru
I searched for you with a festive heart
drunk on mad happiness and rediscovered strengh
the certainty that only creating our live is important.
At the end of austral summer
Decembre is coloured with auroras
everywhere the cold that burns
in the gypsum of my eyes
lightning of vital spirits
liquid forms of gold laid bare.
In the New World
Its snowing torrents of embers
Suns of the winter that dusts snow over
Soft glazes, lava flux
Frosted chlorophyll colouring the firedamp
Beneath the ash of scorched earth.
Then, consciousness of an impending immensity
emerging from the distant Orient with eyes of jade
gleaming beneath the gold of a millenarian tradition
the dazzling haïr of the sun.
Farther off than solarizing America
beyond the télévision show of the delirious West
muffled behind the waters of the Pacific
the quiet laughter scarcely audible of vast Asia
Empire of the multiple
test of Time that sleeps in the garden of the Work
trial by orchids.
West of Europes gaze
far from there and nearer hère
the complete meaning is still to be discovered.
Returning from Europe, there is still so much to see
Quebec is not the end of the world.
Source : «Comme un vol de gerfauts», extraits traduits en espagnol et en anglais, ( translated in english by Hugh Hazelton ), Ruptures, la Revue des Trois Amériques , No. 4, Montréal, Oct-déc. 1993, p. 13-17.
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